FIGURE LIBRE

Contrainte, se souvenir: il y a l'espace clandestin par lequel toute loi est soumise à l'imaginaire ou si l'infiltrant comme une réalité les font s'annuler.

Une eau trouble en apparence mais tissus intérieurs sachant l'unique trajet.

En tout et partout, il s'agit d'une pratique.

Le versant de cette autre passion. La même.

Ou l'on pourrait dire que quand l'imagination s'enflamme, elle finit par être de mèche et politique.

Une trajectoire de corps, fertile et souffrante.

Un dernier fantasme en réalité.

Sans ventre, sans poitrine qu'aucune tête s'y adonne, pour s'y souvenir

----
Nicole Brossard. L'acte de l'oeil.

Christian


Christian est miné de besoin. Il est mou, inconsistant. C'est un parasite-né. Comme du chardon, il s'attache à tout ce qui le touche. Comme une plante, ses efforts sont tous de fixation; ses bras ne peuvent ni le défendre ni attaquer. Comme une plante, on peut l'arracher et le planter ailleurs. Il essaie de se fixer où il tombe, où on le fait tomber. Il ne peut pas marcher, aller se fixer où il serait mieux. Christian fleurit et s'étiole dans le jardin du plus fort. Je ne suis pas jalouse... J'attends que mes forces soient faites, d'être assez forte pour l'arracher aux autres jardiniers.
---
R. Ducharme. L'avalée des avalés. p. 95